Barcial



Ancienneté: 6 juillet 1924

Señal : " punta de espada " à droite et " hendido " à gauche

Devise : blanche et noire

Finca : " Barcial ", San Pedro de Rozados, Salamaque. Tel : 0034 923 344029

Propriétaire : Arturo Cobaleda González, cuesta de Sancti Spiritu, 6, 37001 Salamanca. Tel : 0034 923 270936


Origine actuelle : Sur la base des produits de l'élevage des Hermanos Rivas fondé dès 1733 à Dos Hermanas près de Séville le Conde de Vistahermosa crée à partir de 1774 la base du cheptel moderne tel que nous le connaissons aujourd'hui. Sur ce tronc fondamental naîtront les branches de Saltillo en 1850 et Dolores Monge viuda de Murube en 1851. De cette dernière procède dans sa quasi totalité le cheptel brave actuel : lignée Urquijo, Murube, Bohórquez , lignée Contreras-Baltasar Ibán, lignée Eduardo Ibarra en1884, ganadería qui très vite connaîtra un développement original, donnant naissance à deux branches très différentes, celle qui naîtra de la sous branche créée par Fernando Parladé et celle qui naîtra de la sous branche créée par le Conde de Santa Coloma qui recevra en 1912 l'apport de celle de Saltillo, pur Vistahermosa également. Parallèlement au développement de cet encaste, dès 1780, Vicente José Vázquez, ganadero d'Utrera, entreprend de réunir dans son troupeau toutes les qualités qu'il a observées dans ceux de ses confrères : le Conde de Vistahermosa, bien sûr, qui refuse de lui vendre, mais dont il acquiert quelques vaches en achetant à l'église le droit de prélever en nature, c'est à dire en troupeaux, le denier du culte, mais aussi Luis Antonio Cabrera (formé en 1740 à partir du troupeau que possédaient à Carmona les moines Augustins) et celui du Marquis de Casa Ulloa. Je possède, leur dira-t-il une fois son entreprise couronnée de succès, ce que chacun de vous a de meilleur et ce qu'aucun de vous n'a pu réunir ! Acheté par le roi Fernando VII en 1830 et cédée à sa mort par la reine à don Cristobal Colón, Duc de Veragua.

Aucun ganadero digne de ce nom n'aurait jamais eu l'idée de croiser du Santa Coloma (origine Vistahermosa par le tronc Murube et la branche Ibarra) avec du Veragua (origine Vazqueña) et encore moins d'attendre de ces deux sangs si dissemblables, une progéniture dont il n'aurait pas à rougir. Heureusement, un farfelu quelque peu excentrique s'en chargea. José Vega, c'est le nom de notre homme, décida de tenter une expérience unique et, à ce jour, restée sans lendemain ; pour ce faire, il acheta, en 1910, 40 vaches au Duc de Veragua et un semental au Comte de Santa Coloma. Il mit l'un avec les autres et attendit le résultat sans faire trop de cas des ricanements que son expérience provoquait chez ses voisins ganaderos. Un an plus tard, les premiers produits naissaient : de leurs mamans Veraguas ils arboraient la diversité des pelages et des armures somptueuses ; de leur papa Santa Coloma, ils possédaient la charpente réduite et musculeuse, les yeux de fous, et un caractère ombrageux. Les fameux toros aux petites pattes blanches et aux cornes démesurées étaient nés. Malheureusement, leur inventeur, l'original et volubile José Vega, n'en profita pas longtemps. Frappé par un revers de fortune, il vendit la ganaderia, quatre ans après l'avoir créée, aux frères Francisco et VictorioVillar qui, par une sélection rigoureuse donnèrent aux toros multicolores du pittoresque señor Vega un niveau de bravoure que leur jalousèrent bientôt leurs confrères les plus huppés. Et l'encaste si particulier connu sous l'appellation Villar-Vega commença à faire parler de lui. En 1922, les frères Villar se séparèrent. La part revenant à Francisco (250 têtes) fut achetée (275.000 pesetas, soit 250 chacune, somme considérable pour l'époque) en 1928 par Arturo Sánchez Cobaleda, un important ganadero salmantino, propriétaire, entre autres, des fincas Castillejo, Terrubias et Barcial. A sa mort, en 1942, les toros aux pattes blanches se lidièrent un temps au nom de ses héritiers. Mais en 1950 ceux-ci décidèrent de se séparer. Cinq lots furent alors formés et répartis entre Jésus, Ignacio, María, Pilar et Manuel Sánchez Cobaleda, ce dernier conservant l'ancienneté et le fer d'origine, et gérant par ailleurs les parts de ses soeurs María et Pilar, respectivement annoncées comme Terrubias et Salamanca. Pour sa part, Jésus décida de lidier ceux qui lui revenaient sous le nom de Barcial, du nom de la finca qu'il avait reçue en héritage du côté de San Pedro de Rozados. A sa mort, en 1960, la ganaderia passa au nom de ses héritiers, puis à celui d'Arturo Cobaleda, l'actuel propriétaire. Autres ganaderías de cet encaste : Sánchez Cobaleda, Paco Galache, Justo Nieto, Monteviejo.

 

 

HISTORIQUES

Barcial
Le cauchemar aux pattes blanches

 

S'il fut un temps où les vedettes se les disputaient, c'est aux spécialistes des corridas dures que l'on fait appel aujourd'hui pour les affronter. Une baisse de standing qu'Arturo Cobaleda récuse tout net, précisant au passage que l'élément fondamental de la corrida c'est le toros et qu'il a su trouver pour les siens le créneau qui correspond à leur image.


Bien que séparés et entendant gérer leurs affaires respectives selon leurs propres goûts, les deux frères Sánchez Cobaleda, Manuel et Jésus, n'avaient pas moins en commun ce que l'on appellerait aujourd'hui de nombreux critères de convergence. Ils étaient tous deux des ganaderos à l'ancienne, vivant près de leurs toros et traitant leurs affaires dans la rigueur la plus absolue. Supportant peu les mondanités, les taurins, les toreros, les aficionados et les tertulias, ils ne vivaient que dans un but : donner à leurs toros une bravoure à nulle autre pareille, digne de leur physique si particulier qui les faisait ressembler à des estampes magnifiques. Ne transigeant jamais avec la caste, ils prirent l'habitude de sélectionner leurs vaches à un âge avancé (cinq, six, voire sept ans) de même que leurs éventuels sementals qu'ils tientaient dans les arènes de Salamanca âgés de quatre ou cinq ans, afin de les placer dans les mêmes conditions que connaîtraient leurs éventuels produits confrontés à une lidia normale et de pouvoir les piquer autant de fois que cela paraîtrait nécessaire, seule façon de mesurer et de perpétuer le haut degré de bravoure qu'ils avaient dans le sang. Et pendant de nombreuses années, leur ramage s'avérant à la hauteur de leur plumage, les toros aux pattes blanches furent les rois du marché. Mais les meilleures choses ont une fin. Avec la mode du toros grand venue de Madrid, les petits colosses aux pattes blanches s'asphyxièrent : de gabarit réduit, ils ne supportèrent pas longtemps l'excès de poids dont leur ganadero était obligé de les surcharger afin de contourner le veto des vétérinaires. Et tels des baudruches rutilantes, dès la première pique, ils se mirent à se dégonfler. Et à tomber. Quand le physique ne suit pas, le moral est toujours à la baisse. Peu à peu, de leur bravoure initiale, il ne resta que quelques éclats sporadiques, quelques charges hargneuses pour l'honneur, vite étouffées par l'excès de graisse. Le plumage était toujours aussi magnifique, mais le ramage sonnait faux. Pourtant, et bien que les cousins de la branche issue de Manuel Sánchez Cobaleda s'y fussent engouffrés avec bonheur, Arturo Cobaleda, le notre, n'envisagea jamais de lidier ses Barcial dans les corridas de rejoneo. Et patiemment, certain qu'un jour son travail serait récompensé, il se mit au travail en silence, pour redonner à ses toros un peu de leur splendeur passée.

On ne conçoit pas de Grande Cause sans homme providentiel ni circonstances exceptionnelles. Que serait-il advenu des petits toros aux pattes blanches sans l'obstination têtue dont fit preuve Arturo Cobaleda pour leur voir récupérer un peu de leur lustre d'antan ? Pas grand chose, assurément. Mais que serait-il advenu d'eux, malgré son entêtement, s'il ne s'était pas trouvé, en bout de chaîne, un public demandeur des émotions dont ils étaient porteurs ? Rien de bien brillant non plus. C'est donc bien à la rencontre heureuse d'un producteur scrupuleux avec des consommateurs en quête d'authenticité qu'il faut attribuer le bénéfice de leur renaissance à laquelle on assiste aujourd'hui. La tauromachie est en crise, on le sait et on le dit. Dans leur grande majorité, les toros embistent moins qu'avant, perdent de leur puissance et de leur mobilité. Voire, aussi, parfois, la pointe de leurs cornes. Pour se consoler de ce qu'il faut bien nommer décadence, certains se disent que l'on n'a jamais aussi bien toréé, ce qui est sans doute vrai. Mais d'autres préfèrent s'insurger... et prennent le toro par les cornes. Celles d'Arturo Cobaleda leurs tendaient les bras. Car tout autant que leurs pattes blanches il n'y a guère flageolantes, c'est à leurs formidables encornures que ses toros doivent avant tout leur renommée. Comment s'étonner alors, que, partout où l'aficion entre en rébellion, le nom d'Arturo Cobaleda apparaisse à l'affiche ? Faute de caste, on achète des cornes et de la viande. Et à défaut de l'émotion artistique que suscite la corrida moderne quand elle est réussie (autant dire rarement), on mise sur l'épouvante... ce qui est, il faut le dire quand même, bien plus sûr et beaucoup moins onéreux. Que ce soit donc dans les villages reculés du Valle del Terror madrilène ou dans les arènes plus huppées de Vic-Fezensac, capitale française du culte rendu au Toro-Toro, la présence des terrifiants barcials aux pattes blanches que l'on oppose à des toreros sans prétention, est devenu, depuis quelques saisons, le signe indéfectible d'une poche de résistance tenue par l'Aficion. Souvent fort braves au cheval (comme certains exemplaires de la novillada lidiée à Vic-Fezensac en août 1999), les toros de Barcial se révèlent malheureusement peu propices à la pratique du toreo moderne. Et bien que d'aucuns estiment qu'il s'agit là d'une régression pathétique de la Tauromachie vers ses pulsions les plus basses, nul ne peut nier, et le succés sans cesse renouvelé des arènes vicoises est là pour le rappeler, que la corrida, pour de nombreux aficionados, est avant tout un combat. Ce dont les malheureux toreros appelés à affronter les toros de Barcial n'ont jamais douté, eux dont les cauchemars sont peuplés de monstres cornus issus d'un autre temps et curieusement posés sur de petites pattes blanches.

 

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